Sa vie, son œuvre extraordinaire...

 

Mylène Farmer est devenue une icone de la chanson française. Souvent sulfureuse et provocatrice, toujours mystérieuse et talentueuse, elle a su s'imposer en vingt ans comme une artiste incontournable.

 

Mylène Farmer de son vrai nom Mylène Gautier est née le 12 septembre 1961 à Pierrefonds, petite ville située à 30 km de Montréal au Canada. Elle vient agrandir la famille de Max Gauthier (le marseillais) et Marguerite Martin (la bretonne), ses parents, qui ont déjà une fille, Brigitte (qui travaille aujourd'hui aux côtés de Mylène), et un fils, Jean-Loup (décédé en 1996, renversé par une voiture). Son père, (aujourd'hui décédé), est ingénieur aux ponts et chaussées et travaille à la construction du barrage de Manicouagan.

L’enfance de Mylène est sans histoire, tout du moins se refuse-t-elle à en parler. C'est une petite fille solitaire, qui fera ses premières classes dans l’établissement religieux Sainte-Marcelline, tenu par des sœurs. Mylène n’est pas très bonne élève, et plutôt indisciplinée. Elle a une grande passion pour sa grand-mère, à laquelle elle écrit souvent et qu’elle tient au courant de toutes ses évolutions. C’est cette même grand-mère qui emmènera la petite fille au cimetière, face aux demandes insistantes de cette dernière. La famille Gautier s’agrandit à nouveau en 1969 : Brigitte, Jean-Loup et Mylène accueillent un nouveau petit frère, Michel. Dans des conditions aisées, Mylène grandit tranquillement au milieu de ses frères et sœurs. De son enfance, elle aime dire qu'elle ne garde que peu de souvenirs, si ce n'est ceux de la blancheur de la neige qu'elle mangeait ainsi que le sirop d'érable.

Au début des années 70, alors que la petite Mylène est âgée de huit ans, le barrage de Manicouagan est terminé. La famille Gautier doit regagner la France, en banlieue parisienne à Ville d'Avray, puis à Chaville. Les immeubles bétonnés chamboulent Mylène, qui était plutôt habituée aux grandes étendues neigeuses. Cette rupture brutale entraine un replis sur elle-même, elle devient une petite fille introvertie et commence à s'enfermer dans un mutisme profond. Mylène, se rend souvent à l'hôpital de Garches pour rendre visite aux petits malades. Elle semble y trouver du réconfort. Avec les tumultes de l'adolescence, elle devient peu à peu solitaire et a une relation conflictuelle avec ses parents.

 

Ses études ne la passionnent toujours pas. Mais elle éprouve un réel intérêt pour l’équitation, sport qu’elle pratiquera jusqu’à la fin de son adolescence, tentant même le monitorat d’équitation, à dix-sept ans, au prestigieux Cadre noir de Saumur. Une voie qu’elle abandonne rapidement. Pour l’heure, les études la rappellent à l’ordre, mais rien n’y fait : au bout de deux jours de terminale littéraire, le 14 septembre 1979, Mylène arrête ses études, à dix-huit ans, bien décidée à tenter sa chance et à devenir connue. Elle ne sait pas encore vers où s’orienter, mais une chose est sûre, elle veut briller et réussir.

   

Elle s’inscrit aux cours de théâtre de Daniel Mesguich, (elle y joue entre autre le rôle de Zézètte dans "Le père Noël est une ordure", pièce montée par son ami Thierry Mugler, également élève à l'époque), puis à ceux du cours Florent. Ses compagnons d’alors, Agnès Jaoui, Anne Roumanoff ou Valérie Mairesse, se souviennent d’elle comme une jeune fille très timide. (Petite anecdote: Agnès Jaoui reverra Mylène presque 20 ans plus tard à Hollywood, pour les Oscars, et osera à peine lui dire bonjour, impressionnée par l’aisance de Mylène parmi les stars américaines.). En parallèle, Mylène enchaine les castings de mannequin pour de la publicité (Ikéa…), tourne quelques spots (Le Chat Machine, les ciseaux Fiskars), et travaille beaucoup pour les Japonais. Elle est également pendant un temps l’assistante d’un dentiste et d'un gynécologue. Peut-être qu’au fond d’elle-même, elle attend le déclic, la rencontre qui bouleversera à jamais son existence. Et le prince charmant arrive, sous les traits de Laurent Boutonnat.

     

Le jeune et talentueux Laurent Boutonnat s’est illustré au cinéma quelques années auparavant en réalisant à dix-sept ans le film "La ballade de la féconductrice", film violent et ambigu interdit aux moins de dix-huit ans, puis un court-métrage, "Parents si vous saviez", pour l’éducation nationale, à la demande de sa mère. Pour l’heure, en ce début des années 80, il a décidé de se lancer dans la musique avec Jérôme Dahan, et tous deux décident de monter une maison d’édition musicale avec un autre associé, qui part rapidement, ne trouvant pas sa place auprès de ces deux caractères forts. Après avoir été en pourparlers avec Lio pour un projet musical, Jérôme et Laurent composent une chanson, "Maman a tort". Ils sont persuadés qu’ils tiennent là une bonne chanson, mais elle ne peut pas être interprétée par n’importe qui. Les deux jeunes gens se décident à passer un casting. C’est là que Mylène intervient. Depuis quelque temps, elle est amie avec Jérôme Dahan, qui lui parle de l’audition. Elle vient et elle est choisie. C'est ainsi que Mylène devient l'interprète idéale pour cette chanson désormais célèbre : "Maman a tort", une comptine acidulée qui entre au TOP 50. Mylène abandonne alors son nom pour celui de scène Mylène Farmer en hommage à Frances Farmer, actrice américaine au destin effroyable, après avoir été émue par le rôle de Jessica Lange dans l'adaptation cinématographique de 1982. L'histoire peut commencer.

"Maman a tort" sort en mars 1984, après bien des péripéties pour trouver une maison de disques. C’est finalement RCA qui signe, pour 2 45T. "Maman a tort" fait parler et le clip qui l’accompagne également. Le clip de la chanson coûte la très modeste somme de 5000F et est diffusé par toutes les télés. Dès ses débuts, Mylène Farmer cultive une image ambiguë de Lolita ingénue, image qui prendra toute son ampleur avec la sortie de son 1er album en janvier 1986, "Cendres de lunes", qui se vendra à 1 000 000 d'exemplaires. Mais il faudra l’intervention d’un nouveau venu, Bertrand Le Page, qui jouera les rôle d’éditeur et de manager, pour que la carrière de Mylène décolle réellement. Une seconde pochette en couleur voit le jour, une version anglaise "My mum is wrong" également. Un second clip, beaucoup plus cher, est également à l’étude, mais sera finalement abandonné car trop ambitieux. Au final, "Maman a tort" se vend à 100 000 exemplaires, ce qui est loin du million que Jeanne Mas vend à l’époque, mais honorable pour un coup d’essai.

   

 

Le visage de Mylène commence à s’afficher dans les médias, la jeune fille fait beaucoup de galas durant l’été et multiplie les télés. Le second 45 tours de Mylène, "On est tous des imbéciles" sort en février 1985 (initialement, le second single devait s’intituler "Bip be bou rock’n’roll, l'amour au téléphone", puis "I do love you", titre que l’on retrouvera sur l’album "Ainsi soit je…" avec "La ronde triste" des années plus tard). Malgré son originalité, "On est tous des imbéciles" ne se vend pas, et il s’ensuit deux ruptures : la première avec la maison de disques RCA (qui ne leur fait plus confiance), la seconde avec Jérôme Dahan. Ce dernier voulait donner à Mylène une image proche de celle de Françoise Hardy, Laurent et Mylène ne jurant que par Jeanne Mas, impossible de s’entendre plus avant...

 

Le trio Boutonnat/Farmer/Le Page commence alors à imaginer les choses en grand. Ils changent d’abord de maison de disque et signent chez Polydor, alors en recherche de jeunes artistes originaux. Le single "Plus grandir", qui sort en septembre 1985, signe la marque de fabrique "Farmer" : une chanson sombre avec un clip somptueux et un brin érotique, réalisé avec de grands moyens. Le titre est un demi-échec, mais l’image de Mylène s’impose de plus en plus. Le titre "We’ll never die" sort au Canada début 1986 (avec "Chloé" en face B), mais, comme "My mum is wrong", c’est un échec. Mylène semble bel et bien faite pour la France !

 

C'est le titre "Libertine", en avril 1986 et le premier album "Cendres de lune", produit et réalisé par Laurent Boutonnat qui lui permet de rencontrer le succès. "Libertine" est un méga-tube (Mylène atteint la 9e place du Top 50) et le superbe clip de plus de 10 minutes qui l’accompagne (inspiré de Barry Lyndon et dans lequel elle apparaît nue), fait couler beaucoup d’encre. C'est ce clip qui imposera Laurent Boutonnat comme le maître incontesté des vidéos chics et érotiques. L’album marche bien également, et Mylène commence à avoir ses premiers fans, qui apprécient cette ambiance sombre et élégante. La chanson "Libertine" sera également enregistrée en anglais, sous le titre "Bad girl", mais ne sera pas commercialisée. A la demande de son manager de l’époque, Bertrand Le Page, elle change de couleur de cheveux, abandonnant le châtain pour le roux flamboyant afin de se démarquer des chanteuses de l'époque.

     

Le single suivant, "Tristana", sort en février 1987 et il n’a rien à voir avec les ambiances dénudées de "Libertine" . Mylène y évoque la folie et la mort et le clip de Laurent Boutonnat est vraiment étonnant. Tourné dans les neiges du Vercors, il revisite le conte de Blanche-neige version révolutionnaire russe. C’est une réussite et le titre, qui se classe 7ème au Top 50, est rajouté sur l’album "Cendres de lune", dont les ventes redémarrent. Laurent et Mylène sont pris dans une frénésie de travail, et rapidement, un autre tube voit le jour. En octobre 1987, Mylène enfile un costume de gamin des rues, se coiffe d’une casquette, et entonne sa célèbre ritournelle "Sans contrefaçon", hymne à la communauté homosexuelle mais aussi véritable tube populaire et polisson. La chanson devient rapidement un tube!

     

Mylène défile dans beaucoup d’émissions télés, et on la voit souvent chez le sémillant Christophe Dechavanne, dont elle est alors très proche. Mais Mylène sait aussi quitter ses habits de garçon manqué pour se faire femme fatale : toujours en octobre, elle revêt une jolie robe noire (qui laisse entrevoir un sein !) et elle chante "Déshabillez-moi", reprise sulfureuse de la chanson de Juliette Gréco, aux Oscars de la mode. Rapidement, Mylène et Laurent retournent en studio pour finaliser le second album. À présent, une certaine pression pèse sur leurs épaules, et le travail prend plus de temps. Ils sont épaulés par l’ingénieur du son Thierry Rogen (rencontré au moment de « Tristana »), un passionné de dance music, qui les aide à trouver ce son particulier, dans le studio Mega qu’il a installé Porte de la Muette, à Paris. Au début de l’année 1988, Laurent et Mylène tournent le clip qui accompagne "Sans contrefaçon", une jolie vidéo à l’ambiance foraine, où l’humoriste Zouc interprète avec grâce une sorte de "fée-bohémienne". "Sans contrefaçon" se classe 2e au Top 50, une première pour Mylène.

   

Le titre "Ainsi soit je…" sort en mars 1988, il est beaucoup plus triste que le précédent. Mylène évoque la détresse et la solitude. Il est accompagné d'un clip sobre tourné dans les tons sépias, dans lequel la jeune femme au regard triste évolue dans une ambiance onirique. Le second album, disponible en mars 1988, s’appelle aussi "Ainsi soit je…" (Mylène tient aux trois petits points, elle le répètera souvent lors d'interviews) et c’est un chef d’œuvre, qui contient de nombreux futurs tubes. On y trouve des morceaux tels que "L’horloge", une superbe mise en musique du poème de Charles Baudelaire, avec lequel Mylène fait partager au public son goût pour la littérature et la poésie. L’album contient également "Sans contrefaçon", mais aussi "Pourvu qu’elles soient douces" (chanson évoquant la sodomie), qui sort le 12 septembre 1988, un bel anniversaire pour Mylène.

 

 

"Pourvu qu’elles soient douces" reste sans doute l’une des plus emblématiques du répertoire. Évoquant la sodomie, elle peut aussi se comprendre dans d’autres sens et reste un petit bijou d’humour et de libertinage. Libertinage, le mot est lancé, car pour le clip d'une durée de 17 minutes,, Laurent n’imagine rien de moins que de donner une suite à "Libertine", pour un second volet encore plus percutant. Le budget tourne autour de 300 000 euros et mobilise 200 figurants de l'armée et met en valeur comme jamais la douceur et le charme de Mylène/Libertine. Ce clip est récompensé des efforts fournis, il laisse le public bouche bée et fait vendre 10 000 exemplaires par jour en décembre 1988. Il propulse Mylène en 1ère place du Top50 pendant 5 semaines. Le titre sera même exploité à l’étranger, notamment en Allemagne, sous le titre de "Douces". Un succès n’arrivant jamais seul, Mylène est sacrée meilleure interprète aux Victoires de la Musiques en novembre de la même année, supplantant Guesh Patti et France Gall. Son arrivée étrange sur la scène pour recevoir un prix restera dans les annales, car on ne saura jamais si elle était émue ou prise de boisson (ou les deux ).

 

 

L’année se finit bien pour Mylène, qui est désormais une star. Boulimique de travail, le tandem Farmer/Boutonnat continue d’exploiter l'album "Ainsi soit je...". Le titre "Sans logique" sort en février 1989, il est accompagné d’un curieux clip tourné en studio à Arpajon, dans lequel une Mylène "taureau" encorne son toréador amant. Encore une vision simple de l’amour! Le titre ne sera pas autant apprécié que "Pourvu qu’elles soient douces", mais les ventes restent honorables, d’autant que la face B du 45T comporte un très bel inédit : "Dernier sourire", une chanson triste dédiée au père de Mylène, décédé en 1987.

   

Il reste à Mylène un dernier défi à relever : la scène. Elle a réussi à imposer son image auprès d’un public toujours plus nombreux depuis quelques années. Mais quel succès aurait-elle sur scène? La plupart des médias s’interrogent. Pendant de longs mois, Mylène suit un entraînement strict (régime, gymnastique et répétitions) et les détails concernant le spectacle restent secrets. On sait simplement qu’il sera grandiose. C’est donc dans un contexte de pression et d’effervescence incroyables que Mylène entame son mythique Tour 1989 à Saint-Etienne le 11 mai 1989 puis enchaîne ensuite une grande tournée de 80 dates à travers la France, la Belgique et la Suisse et remplit le Palais des sports en 48 heures. Interprétant l’essentiel de son répertoire dans un décor de cimetière lugubre (signé Hubert Monloup, célèbre décorateur) très théâtralisé, Mylène se révèle douée et charismatique. Chaque détail a été pensé pour en mettre plein la vue (les costumes signés Thierry Mugler, la lumière, la mise en scène...): un vrai show à l'américaine. Cette première tournée est un succès à part entière. Entre temps, l’album "Ainsi soit je…" a été couronné d’un disque de diamant pour 1 800 000 copies vendues.

 

    

     

Cette première tournée s’achève triomphalement le 8 décembre 1989 dans un Bercy plein à craquer. La timide chanteuse à la chevelure de feu fidélise son public des premières heures et envoûte les autres. C’est la consécration. Désormais le show-biz ne pourra plus l’ignorer. Le jour de la dernière sort également la très attendue vidéo "En concert". Comme on s’y attendait, le concert est magnifiquement filmé, chaque plan étant savamment étudié. Laurent a même poussé le perfectionnisme jusqu’à filmer le concert sans public au Forest national de Bruxelles pour harmoniser ses plans. Pour la fin de la tournée, le manager de Mylène, Bertrand Le Page, organise une fête somptueuse à l’école des Beaux Arts, durant laquelle on doit remettre à Mylène son disque de diamant. Mais la soirée ne se déroule pas comme prévu et Bertrand fait un scandale, jetant même une chaise en pleine cérémonie. Pendant toute la soirée, sentant l’orage venir, Laurent ne s’assoira même pas, passant de table en table pour s’assurer que tout le monde va bien. Cela fait un bout de temps que les relations entre le duo Farmer/Boutonnat (qui ont créé en octobre 1989 leur propre société d’édition, Requiem Publishing) et Le Page sont tendues, mais là, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Un mois après, Mylène envoie un télégramme à Bertrand Le Page: "On arrête de travailler ensemble, ton comportement est devenu impossible". Le Page est congédié et remplacé par Thierry Suc, alors coproducteur du concert. C'est pendant la tournée que sortira un single inédit, "A quoi je sers" assorti d'un très beau clip en noir et blanc.

   

L’année 1990 est relativement calme et permet à Mylène de se reposer du tourbillon des années écoulées et de travailler un peu. L’actualité du tandem redémarre début 1991, lorsque Laurent se trouve à Budapest pour tourner les clips de deux des titres du mystérieux nouvel album. Il s’agit de "Désenchantée" et de "Regrets", qui met en scène le premier duo de la carrière de Mylène, et pas des moindres : après des mois de correspondance, la jeune femme a proposé au ténébreux Jean-Louis Murat, jeune chanteur peu connu à l’époque, une association des plus romantiques. Dans le froid de Budapest, Laurent Boutonnat fait travailler ses équipes du matin au soir, et prépare déjà le terrain de ce qui sera l’aventure de "Giorgino", son long-métrage. Jean-Louis Murat, Laurent et Mylène seront très proches à l’époque, mais Murat préférera prendre un peu de distance par la suite, jugeant parfois le couple un peu trop en demande.

Le titre "Désenchantée" sort en mars 1991 et il constitue une révolution. Pourtant, c’est un titre qui faillit ne pas voir le jour, car Laurent Boutonnat ne trouvait pas la bonne rythmique en studio. Enervé, il quitta les studios Mega un soir en disant qu’il fallait foutre le titre à la poubelle. Heureusement que l’ingénieur du son Thierry Rogen reprit l’air et trouva le gimmick groom qui imposa la chanson. Le clip est également une réussite, et simule une révolution qui ne mène à rien, façon élégante de symboliser le pessimisme qui se dégage du titre. La Mylène Farmer romantique des débuts a fait place à une Mylène Farmer androgyne. En effet, la chanteuse arbore un nouveau look, cheveux courts et costume strict.

 

L’album "L’autre" sort en 1991 et il allie plus que jamais tristesse des textes, musique efficace et image forte. Désormais, une agence de design graphique, "Com’NB", s’occupe, sous la houlette de Polydor, de la communication visuelle de Mylène, et ça se voit. "Désenchantée", single  emblématique de cet album (et de cette période) se vendra à plus d’un million d’exemplaires ; c’est également le titre qui rapporte le plus de droits d’auteur pendant l’année 1992. A peine Laurent et Mylène ont-ils le temps d’aller passer quelques jours de vacances sur la banquise, invités par Luc besson sur le tournage de son film "Atlantis", que déjà un autre single extrait de "L’autre" sort, en septembre 1991 : il s’agit du fameux duo Murat/Farmer, "Regrets" qui fonctionne très bien lui aussi.

Contrairement à "Désenchantée", il y aura très peu de promotion pour ce titre (notons que Jean-Louis Murat n’était pas très habitué aux très grosses émissions de variétés). Une fois encore, tout semble trop bien marcher pour Mylène et le destin s’acharne : le 14 novembre, un fan s’introduit dans les locaux de Polydor, demande à parler à son idole, et pris de rage, tire sur le standardiste (qui décèdera quelques heures plus tard). L’homme monte ensuite dans les étages et, fort heureusement pour les personnes présentes, son arme s’enraye. Cette terrible histoire marquera à jamais Mylène, qui sera désormais toujours méfiante et un brin craintive envers ses fans.

     

Tandis que l’album "L’autre" continue à bien se vendre, le single "Je t’aime mélancolie" sort en novembre 1991 et rompt avec la tradition de "voix haut perchée" qui a fait la marque de Mylène : la chanteuse y exécute presque un rap, avec la belle voix grave qu’elle a en parlant. Le clip présente Mylène sur un ring de boxe se battant contre un beau garçon ténébreux (un boxeur professionnel yougoslave de son état). Le dernier single extrait de "L’autre" sera "Beyond my control", en mai 1992 dont le clip va faire couler beaucoup d’encre. En effet, Laurent, déjà en préparation de son long métrage "Giorgino", n’a vraiment pas d’idées pour ce nouveau clip. Il songe à reprendre des images qu’il a déjà tournées de Mylène mais qu’il n’a jamais exploité, et finalement, il songe à ce scénario érotico-vampirique, dans lequel Mylène découvre un adultère et s’immole sur un bûcher, tandis que des loups dévorent les restes d’une charogne. Le clip ne plaît pas, et certaines chaînes préfèrent ne pas le diffuser, ou bien après minuit.

   

   

En 1992, Mylène participe au disque "Urgence" (au profit de la lutte contre le sida), un double album de reprises acoustiques, sur une idée d’Etienne Daho. Mylène offre une version nouvelle du titre "Dernier sourire", alors qu’au départ, "Que mon cœur lâche" était destiné à figurer sur la compilation, puisque le titre évoque clairement le port des préservatifs. Ce titre sort finalement en novembre 1992 et pour la première fois, Laurent Boutonnat ne sera pas derrière la caméra. C’est en effet Luc Besson qui réalisera le clip aux notes d’humour récurrentes, contrastant agréablement avec la vidéographie à laquelle Laurent Boutonnat avait habitué le public. Mylène interprète un ange gardien envoyé sur terre pour rétablir l’amour. Ce titre lui vaudra une nouvelle victoire aux "World Music Awards de Monte Carlo". En décembre 1992 sort l’album "Dance Remixes", une compilation très réussie de versions longues et remixées des tubes de Mylène incluant 3 inédits.

   

 

Laurent, pendant ce temps là, se trouve en Tchécoslovaquie, pour mettre en place le tournage de son long-métrage "Giorgino", un projet qu’il a écrit depuis des années avec son complice Gilles Laurent (qui participa également au script de "Pourvu qu’elles soient douces", à la conception du concert de 1989, et qui est notamment célèbre pour son doublage de Jayce et les conquérants de la lumière ). "Giorgino" est un projet difficile à tous les points de vue. Financièrement, Laurent s’associe à Polygram-France (relativement confiant vu le fort potentiel commercial de Mylène), mais il engage beaucoup de frais via ses sociétés. Techniquement, le tournage est long et difficile: équipe d’acteurs et de techniciens internationale, longueur du film, interventions d’animaux comme chiens-loups et chevaux, climat difficile car peu de neige. Mais malgré cela Laurent y croit et il est résolu à aller jusqu’au bout de son rêve. Le casting des acteurs est prestigieux : Louise Fletcher, Joss Auckland, Jean-Pierre Aumont, Frances Barber... Les participants à la technique également : Pierre Guffroy aux décors, Jean-Pierre Sauvaire à la photographie et les fidèles complices de Laurent : Agnès Mouchel au montage et Thierry Rogen au mixage. En revanche, 2 débutants tiennent le haut de l’affiche : Mylène Farmer et le jeune Jeff Dahlgren (rencontré à Los Angeles, ex-musicien du groupe punk Wasted Youth).

 

Rapidement, toutes les difficultés s’additionnent et plombent l’atmosphère. Laurent semble pris dans son film et n’arrive pas à s’en dégager. Ses rapports avec Mylène deviennent tendus et celle-ci se rapproche de Jeff, qui a du mal à s’intégrer à l’équipe. Le problème de Laurent est qu’il a tendance à peaufiner les détails, au lieu de se centrer sur l’ossature de son film. C’est cela qui causera la perte du film. Heureusement, le tournage s’achève en mai 1993 et le travail de montage commence, pendant plus d’un an.

   

La postsynchronisation (étape technique au cours de laquelle les acteurs se doublent pour certaines scènes extérieures, ou pour tourner dans une autre langue) se fait à Londres, période au cours de laquelle Laurent se montre particulièrement exécrable avec Mylène. Elle va souvent s’isoler pour se calmer les nerfs, mais revient, la rage au ventre. Selon certains proches, cette relation amour/haine que Laurent et Mylène entretiennent depuis toujours, stimule cette dernière. Parallèlement au montage du film, Laurent travaille également sur la bande-originale du film, enregistrée à Prague avec l’orchestre philharmonique (un magnifique coup de maître dont la direction musicale est confiée au jeune Yvan Cassar). Le film "Giorgino" doit normalement sortir en août 1994, mais le distributeur du film, AMLF, après un premier visionnage, demande à Laurent de couper son film d'une heure. Il sort finalement le 5 octobre 1994, dans un contexte très attendu. Malheureusement, Mylène et Laurent font très mal leur promotion. Malgré une avant-première très chaleureuse (une soirée avec les familles des acteurs, dont les parents de Jeff Dahlgren, sera organisée chez Mylène et Laurent), la plupart des critiques sont assassines, et le film ne sera vu que par environ 60 000 personnes. C’est une catastrophe artistique et financière pour Laurent, qui s’enferme chez lui pendant 6 mois et ne répond même plus au téléphone. Par la suite, il rachètera tous les droits de son film et "Giorgino" ne sera diffusé en tout et pour tout que 4 fois sur Canal+ dont une fois en V.O. Mylène, quant à elle, prend l’échec de façon plus distante. Elle s’envole aux Etats-Unis et prépare l’écriture de son prochain album. Laurent la rejoint 5 mois plus tard et ils s’enferment à nouveau dans le travail.

 

Mylène revient en septembre 1995 (moins d’un an après la sortie de "Giorgino") avec un nouveau single: "XXL". Le clip, tourné dans l’orangeraie de Fillmore en Californie, est réalisé là-aussi par autre réalisateur : Marcus Niespel. La musique de ce nouvel opus est plus rock, Mylène est plus sexy et la promotion est bien faite. Mylène, bien que se faisant rare, fait plusieurs grandes émissions et accorde quelques interviews. L’album "Anamorphosée" sort quant à lui le 17 octobre 1995. Le livret est signé par le célèbre photographe Herb Ritts, aujourd'hui décédé. Avec ce nouvel album, beaucoup diront que c’est là que s’effectue le grand virage pour Mylène, qui quitte une bonne fois pour toute son image d’androgyne torturée pour s’américaniser et se rendre plus lisse, plus star, plus féminine.

   

   

Pourtant, "Anamorphosée" explore aussi les douleurs de Mylène, sur une musique plus rock. Le deuxième extrait de l’album, qui sort le 13 décembre 1995, ne démentira pas cette analyse, puisqu’il s’agit du dépressif "L’Instant X", titre sur lequel Mylène retrouve sa fameuse voix grave. Le clip est également réalisé par Marcus Niespel et il montre New York envahi par une épaisse mousse blanche (des problèmes de mousse trop abondante gêneront le tournage du clip).

   

Toujours en décembre, Mylène rencontre l’écrivain Amélie Nothomb dans le palace parisien Le Crillon, pour une interview croisée du magazine "Vogue" allemand. C’est la seule fois que l’écrivain et la chanteuse se rencontreront, mais un petit texte sera demandé à Amélie quelques mois plus tard pour le programme du "Live à Bercy 1996". La demande sera faite par Thierry Suc, mais Amélie devra s’y reprendre à deux fois avant que son texte soit accepté.

   

Anamorphosée poursuit sa carrière, avec la sortie du single "California". Cette fois, Mylène a vu les choses en grand, puisqu’elle a confié la réalisation du clip au cinéaste Abel Ferrara (réalisateur entre autres de Bad Lieutenant et Snake Eyes avec Madonna). Mylène interprète parallèlement une prostituée/bourgeoise aux prises avec un mac/époux (interprété par Giancarlo Esposito). Si les rapports ne sont pas simples sur le tournage (Mylène fut un peu bousculée dans sa pudeur par Abel, elle qui n’était en confiance qu’avec Laurent pour les scènes déshabillées), le résultat est réussi et "California" est un réel succès (le titre sera beaucoup diffusé en radio). Ce nouvel album se vend à plus de 1 000 000 d’exemplaires.

   

La seconde tournée de Mylène, que tout le monde attend depuis longtemps, débute le 25 mai 1996 à Toulon. Cette tournée sera véritablement un triomphe sur tous les plans. Mylène est à la conception, Yvan Cassar est à la direction musicale, Jeff Dahlgren, Abraham Laboriel Junior et Brian Ray font partie des musiciens, Donna de Lory, Valérie Bony et Christophe Danchaud font partie des danseurs, Paco Rabanne s'occupe des costumes. Un show magnifique où les chorégraphies, les costumes et les arrangements sont soignés. Les paillettes dominent la scène. Mylène retrouve son public et lui aussi. Une osmose. Hélas, un drame se produira le 15 juin et entachera la belle tournée. Mylène fait une chute de plusieurs mètres de haut lors de son final à Lyon. Un danseur monte sur la balustrade derrière elle mais la barrière de sécurité est mal mise. Ils chutent tous les deux, Mylène tombe en premier et le danseur tombe sur son poignet. Mylène a une fracture ouverte. La chanteuse est emmenée d'urgence à l’hôpital Edouard Herriot et est contrainte à un repos forcé en pleine tournée.

             

En août 1996, le single "Comme j’ai mal" sort, avec à nouveau Marcus Niespel à la réalisation du clip. La tournée redémarre en novembre et s’achève par un final à Caen le 15 décembre. Le premier extrait du live, "Rêver", sort le 26 novembre 1996. Le 12 décembre à Bercy, la chanteuse s'offre un nouveau duo avec Khaled. Ils chantent "La poupée qui fait non". Les deux artistes avaient chanté ce duo pour la première fois au cours de l’émission Tip Top, diffusée en octobre 1996, sur TF1. Contents de cette association, ils enregistrent donc le titre aux studios Méga. Ils s’entendent très bien, mais ne se voient que quatre heures en tout et pour tout. "La poupée qui fait non" sort en avril 1997 avec pour la première fois, des remixes signés Mylène Farmer mais le single ne se vend pas du tout.

   

 

Après le triomphe de la tournée, tout le monde attend la vidéo et le CD de la tournée. Ces supports sortent tous deux en mai 1997, et remportent un énorme succès, 850 000 exemplaires vendus pour le double CD du Live à Bercy, du jamais vu, un record pour un live. Comme toujours, le film du concert est très retravaillé, étant monté à partir de plusieurs dates, mais le résultat est réussi. Mylène disparaît à nouveau des médias, pendant que Laurent en profite pour signer le tube de l’été avec "Hasta siempre", pour l’actrice Nathalie Cardone. L'album de Nathalie, réalisé et produit par Boutonnat, sortira en 1999 mais sera éclipsé par le retour de Mylène.

Mylène fait un retour fracassant en ce début d'année 1999 avec le single "L’âme-stram-gram" accompagné encore une fois par un clip de grande envergure, réalisé et tourné en Chine par le cinéaste Ching Sui Tung (Histoires de fantômes chinois) sur un scénario de Mylène. Si les rythmes très techno du titre inquiètent les fans, ces derniers sont rassurés par la sortie de l’album "Innamoramento" en avril 1999. C’est du 100% Boutonnat/Farmer, une ambiance mystique et sombre un peu délaissée dans "Anamorphosée". La pochette est signée Marino Parisotto Vay, un photographe de mode italien très en vogue. Quelques jours après la sortie de l’album, Bertrand Le Page, premier manager de Mylène congédié en 1989, se donne la mort à 46 ans, à Saint-Malo. Mylène interrompt quelques jours la promotion de son album.

   

Le scandale arrive en juin 1999 avec la sortie du clip de la chanson "Je te rends ton amour", réalisé par François Hanss, ancien assistant de Laurent Boutonnat, à l’abbaye de Mériel dans le Val d’Oise (l’abbaye fut un temps fermée au public mais on peut à nouveau la visiter à présent). Dans ce clip très torturé, on voit une Mylène aveugle se faire violer dans une église, recouvrer la vue et marcher dans une église pleine de sang. Comme pour "Beyond my control", les chaînes de télévision ne passent le clip entier qu’après minuit. Mais Mylène ne l'entend pas ainsi et contre-attaque: elle fait distribuer en kiosques la VHS du clip accompagnée d’un beau livet de photos du tournage. L'intégralité des ventes (plus de 70 000) est reversé à l’association "Sidaction".

   

Pendant l’été, Mylène prépare activement sa 3ème tournée très attendue par le public : le Mylenium Tour. Les répétitions se déroulent aux Etats-Unis, car, comme pour la tournée précédente, la plupart des musiciens et des danseurs sont américains. Le Mylenium Tour débute le 21 septembre à Marseille, mais ce premier récital est un brin approximatif. Mylène rehausse le niveau et les choses rentrent dans l’ordre. Cette tournée gigantesque est marquée par la présence sur scène d’une statue de 9 mètres de haut, réalisée en deux exemplaires d’après une peinture de l’artiste suisse H. R Giger, le concepteur des monstres du premier volet d’Alien. Mylène offre à son public un spectacle digne de ce nom et un track-listing très original. On note un absent de taille, à toutes les étapes de la réalisation : Laurent Boutonnat. Le Mylenium Tour s’achève le 13 décembre, tandis que le single "Souviens-toi du jour", à nouveau réalisé par Marcus Niespel, sort le 28 septembre. La chanson rend hommage au livre de Primo Levi, "Si c’est un homme", qui aborde l’Holocauste. Devant le succès de sa tournée, Mylène décide de jouer les prolongations. Le Mylenium Tour reprend le 8 février à Lille.

     

   

Lors de la première édition des NRJ Music Awards, Mylène est nominée et remporte 3 victoires pour "Le meilleur album francophone", "Le meilleur spectacle de l’année 1999" et "La meilleure artiste féminine de l’année". Victoires légitimes qui sont la résultante d’un amour entre Mylène et son public. Cette reconnaissance après 16 ans de carrière musicale est la preuve que, malgré les relations difficiles que Mylène entretient avec le monde du show-business et les médias, le public, "son public" ne se trompe pas, lui, quant aux qualités de cette grande dame de la chanson française. Elle se dit amoureuse des mots, amoureuse de ceux qui l’aiment, peu habituée à recevoir des prix, trois qualités révélatrices de sa générosité, mais aussi de son statut d’artiste.

     

Pour accompagner le redémarrage de la tournée, le single "Optmistique-moi" sort le 22 février, avec un clip magnifique se déroulant dans un cirque, tourné à Prague et réalisé par Michael Haussman. Contre toute attente, ce n’est pas en France que le Mylenium Tour s’achève mais à des milliers de kilomètres de là: en Russie, où Mylène fait deux dates à Moscou, puis un ultime show à Saint-Pétersbourg le 8 mars 2000. Le Mylénium tour est sacré meilleur concert de l'année. C'est l'apothéose.

   

 

Alors que tout le monde s’attend à ce que Mylène disparaisse après le succès de sa tournée, c’est avec une surprise de taille qu’elle et Laurent reviennent en juin 2000. Cette fois, ils ne sont pas au devant de la scène mais ont composé et produit le titre d’une jeune fille de 15 ans, Alizée, que le public avait pu découvrir dans l’émission "Graines de stars" et qui a impressionné Mylène et Laurent. La chanson, qui sort le 4 juillet 2000, s’appelle "Moi… Lolita" et c’est le tube incontesté de l’été. Laurent réalise un clip où les charmes pubères de la jeune fille sont mis en avant. Alizée devient l’idole des jeunes, lance la mode des "lolitas" et sort en novembre, dans la foulée de son succès, le tube "L’alizé", suivi de l’album "Gourmandises", qui sort le 28 novembre. Toutes les paroles ont été écrites par Mylène et la musique est signée Boutonnat bien entendu. Mylène, quant à elle, est présente sur la bande originale du dessin animé "Les Razmokets : Rugrats in Paris" (Les Razmokets à Paris) avec un titre inédit, "L’histoire d’une fée, c’est…". La fin de l’année 2000 est marquée par la sortie du DVD du Mylenium Tour et du double album avec un boîtier plus qu'original pour le CD puisque qu'il est en métal et s'ouvre en deux par le milieu. Une très belle pièce pour les collectionneurs. Le premier single live sera "Dessine-moi un mouton". Comme à l’accoutumée, ce live sera un succès.

   

 Le 20 novembre 2000, elle reçoit le M6 Awards du meilleur clip de l'année pour "Optimistique-moi". Alizée, elle, obtient la "révélation de l'année". Le 20 janvier 2001, Mylène gagne pour la seconde fois le trophée de "meilleure interprète féminine de l’année" aux NRJ Music Awards. Alizée, quant à elle, obtient le prix de la "révélation francophone de l’année" et celui du "meilleur site Internet".

   

   

Début février, sort le single "L’histoire d’une fée, c’est…". Pendant ce temps, Alizée fait un triomphe partout dans le monde, surtout aux Pays-Bas et au Japon. En octobre, Mylène produit le titre d’une chanteuse américaine, Christia Mantzke, "I’m not a boy". Mantzke est une proche de Jeff Dahlgren au style apparenté à celui d’Alanis Morissette (que Mylène dit beaucoup apprécier). Le titre, qui sort chez EMI (le meilleur ami de Mylène, Anthony, y est chef de projet), ne trouvera pas son public.

Les choses commencent à aller un peu moins bien pour Alizée, qui sort coup sur coup deux autres extraits de l’album "Gourmandises", "Parler tout bas" (au clip très réussi) et "Gourmandises", deux chansons qui n’obtiennent qu’un demi-succès. Mylène quant à elle, fréquente beaucoup son ami écrivain Marc Lévy (ceux-là utiliseront beaucoup le mail pour communiquer), dont elle illustre la couverture de son 2ème livre, "Où es-tu?". Au mois d’octobre 2001, Mylène s'offre le 3ème duo de sa carrière avec la chanson "Les Mots" en compagnie du talentueux chanteur anglais Seal (qui depuis, a relancé sa carrière de façon fulgurante). Ce titre marque également les retrouvailles de Mylène avec la caméra de Laurent Boutonnat, qui onze ans après "Beyond my control" réalise une très belle vidéo inspirée du tableau de Géricault, "Le Radeau de la méduse". La chanson "Les mots" inaugure un évènement de taille, la sortie du premier best of de Mylène, intitulé lui aussi "Les mots".

   

 

Cette compilation de ses meilleurs titres contient également deux titres inédits: "C’est une belle journée" et "Pardonne-moi". Le livret photos, signé Ellen Von Unwerth, et présentant une Mylène très sexy sera très remarqué. Seal et Mylène ne feront qu’une apparition télévisée (comme pour les duos avec Jean-Louis Murat et Khaled), lors de la troisième édition des NRJ Music Awards, le 19 janvier 2002 où, Mylène remporte pour la troisième fois le prix de l’"interprète féminine de l’année".

   

Les deux autres inédits du best of "Les mots" seront aussi exploités en single: "C’est une belle journée" tout d'abord, sort en avril 2002 avec un clip animé réalisé par Benoît di Sabatino d’après des dessins de Mylène. Puis, "Pardonne-moi" sort en octobre 2002, avec cette fois à nouveau un clip en noir et blanc de Laurent Boutonnat. "Les mots" sera l'un des albums français le plus vendu depuis ses quatre dernières années. Mylène est au sommet de sa carrière et les fans se font, sans cesse, plus nombreux à chaque fois.

   

   

L’actualité de Mylène se fait rare à nouveau, mais elle revient pour la quatrième édition des NRJ Music Awards (elle n’était pas annoncée mais s’est ravisée au dernier moment) et offre un beau cadeau à son public, en interprétant le titre "Rêver" accompagnée au piano par Yvan Cassar. Puis elle s’efface à nouveau pour laisser place à Alizée, qui sort le single "J’en ai marre" en janvier 2003. Le retour de la petite Corse ne sera qu’une demi-réussite. En effet, pendant son absence, des chanteuses comme Jenifer, Lorie ou Priscilla ont conquis le public et pris sa place dans le cœur des jeunes filles. L’album d’Alizée, qui sort en mars 2003 et s’intitule "Mes courants électriques" n'aura qu'un succès modeste auprès du public et de la critique. Les singles qui seront extraits "A contre courant" et "J’ai pas vingt ans" ne trouveront pas le succès escompté. Pourtant, Alizée entame le 24 août une tournée à l’Olympia, qui dure plusieurs mois, et arrive à remplir les salles jusqu’à un ultime Zénith de Paris le 17 janvier 2004. Quant à Mylène, tout le monde pense que 2003 sera l’année de son grand retour.

   

La chanteuse, à la surprise générale, sort un livre en avril 2003, un conte philosophique, qu'elle a elle-même illustré, intitulé "Lisa-Loup et le Conteur" aux éditions Anne Carrière. 75 000 exemplaires seront tirés, un record dans l’édition pour ce genre de livres. Puis, en décembre 2003, Mylène propose à nouveau une compilation, intitulée "Remixes", des versions revisitées de ses tubes par les plus grands DJs électro du moment (Félix da Housecat, Paul Oakenfold, One-T…). Alizée, quant à elle, sort son premier live en 2004 avec en extrait "Amélie m'a dit" et décide de mettre sa carrière entre parenthèses (elle s'est en effet mariée entre temps à Jérémy Chatelain, ex star-académicien, et attend un heureux évènement).

 

En 2004, Mylène ne sera pas nominée aux NRJ Music Awards du fait de son absence scénique depuis son dernier concert. L'année 2004 restera vide de toute actualité. C'est une longue traversée du désert pour des milliers de fans, commencée depuis le Mylènium Tour. Alors que des rumeurs mêlent Mylène à un projet cinématographique avec Marc Lévy, il n’en est rien : Mylène rencontre effectivement des cinéastes comme Jacques Audiard et bien d’autres, rachète les droits de "Peau d’âne", mais rien ne se concrétise pour le moment. L’année 2004 est faite d’attentes et de conjectures.

Il faudra attendre le 16 janvier 2004 pour revoir apparaitre Mylène au devant de la scène médiatique. Contre toute attente et pour la première fois de sa carrière, Mylène Farmer, donne une conférence de presse devant plus de 70 journalistes venus sur invitations spéciales. C'est le choc brutal pour les fans qui la connaissent bien. Mylène n'est pas femme à aimer ce genre d'exercice. Le monde Farmérien est en émoi, internet explose de spéculations diverses, c'est l'état de crise, le K.O. total. Que va-t-elle annoncer? Tout le monde pense évidemment à la fin de sa carrière de chanteuse. En fait, Mylène annonce la sortie d'un single pour janvier 2005, suivi d'un album studio, "Avant que l'ombre...", en mars et démentira toutes rumeurs concernant l'arrêt de sa carrière: "Ce n'est pas mon concert d'adieu, je souhaite faire ce métier le plus longtemps possible", dit-elle. Elle annonce également une série de 13 concerts du 13 au 29 janvier 2006, uniquement au Palais Omnisport de Paris Bercy, car ce dernier est intransportable en province à cause de son infrastructure gigantesque.

   

Début décembre 2004, les places pour la tournée 2006 sont mis en vente. 40 000 billets trouveront acquéreur en seulement 48h. Un record pour un concert. Après bien des reports, le premier single extrait de son nouvel album, "Avant que l'ombre...", passe sur les ondes le 9 février 2005, avec un titre plus que surprenant: "Fuck them all". Dès les premières heures le nouveau single divise les fans et bat un nouveau record de téléchargement internet sur les sites autorisés. Moins de 2 mois après la mise en vente des places de concert, Bercy affiche quasiment complet à toutes les dates.

 

Le 14 mars 2005 le single "Fuck them all" sort dans les bacs. La chanson se classe 2ème. Mylène fait aussi une pub radio pour l'association caritative "Sera". Le 28 mars la radio NRJ organise pour 250 fans une séance de pré écoute de l'album. "Avant que l'ombre..." en avant-première, Mylène est présente. Là-aussi c'est une première dans la carrière de Mylène. Le 4 avril c'est la sortie événementielle de l'album "Avant que l'ombre...". Quelques magasins à Paris ouvrent leurs portes à 0h pour l'occasion. On y retrouve ses thèmes de prédilection : la mort, la spiritualité mais aussi l'amour et le sexe. Mylène Farmer signe ses textes alors que le fidèle Laurent Boutonnat signe, lui, la composition des musiques. L'album devient disque d'or dans la semaine. Dès le mois de mai les concerts de janvier 2006 sont annoncés complets. Le 4 juillet sort le single "Q.I.". Diffusion radio du single "Redonne-moi" en octobre. Il obtiendra un succès mitigé.

 

 

Le 13 novembre Mylène fera sa seule et unique télé de l'année au Symphonic show de Daniela Lumbroso en interprétant son single "Redonne-moi". 18 jours avant le début des concerts de janvier de Bercy, TF1 diffuse des publicités événementielles pour promouvoir l'album et les concerts complets. Le 8 janvier 2006, un autre événement de taille attend les fans. 5 jours à peine avant le 1er concert de Bercy, TF1 diffuse la seule interview télé de Mylène pour l'émission "Sept à huit". Très belle interview qui mettra en émoi les fans, déjà surexcités par l'approche des concerts. Le 11 janvier, le clip "Redonne-moi" est enfin diffusé après des reports incessants.

   

 

Mylène Farmer inaugure le vendredi 13 janvier 2006 et achève le 29 du même mois sa série de 13 concerts donnés au Palais Omnisports de Paris Bercy, réunissant environ 170 000 spectateurs au total. Le décor choisi pour "Avant que l'ombre... à Bercy" imite un temple oriental avec une avancée de scène en forme de croix géante et une arrivée par les airs qui coupe le souffle du public : Mylène Farmer a vu grand, une fois de plus, pour ses treize concerts au Palais Omnisports de Paris Bercy.

         

Le 21 janvier 2006, Mylène remporte le prix du "meilleur album francophone de l'année" aux NRJ Music Awards. Fin janvier le single "L'amour n'est rien..." est diffusé en radio. Inédit pour Mylène Farmer, non seulement le clip a été avancé de la mi-avril au mardi 28 mars, mais en plus le clip est disponible en avant-première sur le site d’Universal. On peut voir Mylène très souriante qui se déshabille sensuellement devant l'objectif de son compagnon Benoît Di Sabatino. Ce clip a été réalisé sobrement sur un simple fond noir. Quatrième extrait d'"Avant que l'ombre...", "L'amour n'est rien..." est disponible en single digipack édition limitée (sortie le 03 avril) et en maxi single (sortie le 02 mai), incluant le clip vidéo. Ce titre n'obtiendra lui aussi qu'un succès mitigé.

 

 

En avril 2006, Mylène participe à des ventes aux enchères pour une association qui lutte contre la leucémie en offrant son disque d'or "Avant que l'ombre...". Ce dernier mis en vente samedi 1er avril est parti pour la somme de 12 000 euros le soir même. Puis un morceau de porte du concert à Bercy accompagné du programme dédicacé par Mylène dont le prix de départ était de 1E se vendra pour la modique somme de 5 800 euros. Rien qu’avec ce don de Mylène Farmer et l'enchérisseur, L’AFIPA a récolté plus du double des gains réalisé l’année d'avant. C'est en collaboration avec Franck Sorbier (créateur des costumes de scène de son dernier spectacle), que Mylène s'engage auprès de ASF (Autistes Sans Frontières) avec la création d'un t-shirt vendu chez Séphora dès le 10 juin. Un joli geste de la chanteuse. Vendu 15E en magasin, l'intégralité des bénéfices sont reversés à l'association.

 

En aout 2006, Mylène sort un cinquième extrait de l'album "Avant que l'ombre...": "Peut-être toi". Le clip est sous forme d'un manga japonais. Succès un peu plus marqué que les deux précédents opus mais rien d'extraordinaire tout de même. En octobre 2006, à la surprise générale, Mylène forme un duo (le quatrième de sa carrière) avec le chanteur très en vogue Moby pour un single intitulé "Slipping away - Crier la vie". Classé 1er dès la première semaine, ce titre propulsera à nouveau Mylène dans le haut des Tops ventes. Le 30 octobre 2006, Mylène sort un autre DVD : "Music Vidéos IV" comprenant les clips depuis "Les mots" jusqu'à "Peut-être toi" avec en bonus le making of de "Fuck them all". En novembre 2006 sort le premier single extrait du live "Avant que l'ombre... à Bercy": "Avant que l'ombre... live". Le DVD et le CD du concert sort, quant à lui, le 4 décembre sous diverses formes dont un coffret collector magnifique et ultra limité.

       

 

Le 5 décembre, le livre "Avant que l'ombre... à Bercy", magnifique livre de photos du spectacle par Claude Gassian, accompagné de petits mots de Mylène Farmer, sort en librairie. Le 8 décembre, soit quatre jours après la sortie de son album "Avant que l'ombre... à Bercy", Mylène donne une interview sur TF1 pour la promotion de son DVD et CD live qui se sont classés dans le haut des Tops ventes dès la première semaine de vente. Elle y parle également de ses diverses collaborations cinématographiques du moment et à venir avec Luc Besson et Claude Berry.

Le 13 décembre sort au cinéma le dernier film de Luc Besson "Arthur et les Minimoys" dans lequel Mylène prête sa voix, avec brio, à la princesse Sélénia.

   

 

 

Le 8 Janvier 2007, la B.O.F. du nouveau film de Laurent Boutonnat, "Jacquou le croquant" est disponible. Le seul titre chanté, "Devant soi", est interprété par Mylène. Le 2 février 2007, le second extrait de l'album "Avant que l'ombre... à Bercy", "Déshabillez-moi" est disponible en téléchargement légal sur internet. Il sort dans les bacs le 5 mars 2007.

 

En avril 2007, on apprend que Mylène devrait incarner Tess, le personnage principal de "L'ombre des autres", film tiré du roman éponyme de Nathalie Rheims. Le film, encore à l'état de projet, devrait être produit par Luc Besson, scénarisé par Claude Berri et réalisé par Eric Barbier.

Le 15 juin 2007, Mylène dépose un nom de marque "LONELY LISA". Cette marque couvrirait des produits de classes différentes correspondant à tout ce qui est bijoux, textiles, cuir, produits d'imprimerie, elle souhaiterait lancer une ligne de vêtements dirigés vers l'accessoire.

En septembre 2007, le dessin animé "Growing up Creepie" est diffusé sur la chaine "La deux" en Belgique. Aux crédits du générique de fin, il est écrit chanson écrite par Mylène Farmer et musique composée par Laurent Boutonnat. C'est la société Moonscoop qui distribue ce dessin animé en Belgique. Moonscoop est le studio d'animation créé par Benoit Di Sabatino et son frère. A noter au passage que l'interprète de la chanson "Drôle de Creepie" porte le nom de "Lisa".

A la même période, après 5 ans d'amour, on apprend que Benoit a offert une bague à Mylène. Seraient-ils prêts à passer à l'étape suivante?

   

En janvier 2008, après des jours de rumeurs, Pascal Nègre, président d'Universal Music France, a indiqué dans un entretien livré au Figaro que Mylène sortira un nouvel album en 2008. Une tournée en France, en Belgique et en Suisse devrait suivre.